La Poissonnière à travers l'histoire de France
Protégée par des marais, la Poissonnière était alors une maison forte - ou petit château fort. Elle ne prendra globalement son aspect actuel qu’au XVème siècle.
La base rectangulaire de l’époque féodale est encore décelable dans le plan actuel. Les douves en eaux, signe de noblesse relevant d’une autorisation royale, entouraient déjà la maison.
Jehan de la Poissonnière signa en 1261, en tant que seigneur du lieu, un acte de location accordé par le doyen et le chapitre de l’Eglise du Mans, à un certain Jean de Luminier, pour un hébergement situé à Laigné.
Dès 1342, on trouve le féage appelé fief de la Poissonnière, dans la mouvance de château-du-Loir. Il relevait de la châtellenie de Vaux, située à Moncé-en-Belin, à 10 km.
Jean Cordeau, alors seigneur de la Poissonnière, rend aveu à Jacques de Maridort, seigneur de Vaux.
Par sa femme, Jeanne Cordeau, Olivier Moreau, écuyer, devient seigneur du fief de la Poissonnière (la famille Moreau la conservera 4 siècles durant). Il se distingue au cours de la guerre de cent ans, acquiert notamment le fief de Bezonnais à Ecommoy.
Le Mans tombé aux mains des anglais, Olivier Moreau se voit confier le commandement de la place forte de Château l’Hermitage, toute proche. Jean Moreau augmente ses terres et fiefs; il est notamment seigneur de Vaudupuy en lisière de la forêt de Bersé, et châtelain de la forêt de Douvres.
Celle-ci fait partie du domaine du Château-du-Loir, et couvre plusieurs paroisses. Son minerai de fer, à ciel ouvert, y est exploité. La forêt fournit le charbon de bois nécessaire aux haut-fourneaux.
Ces différentes activités militaires, agricoles et d’exploitation du fer permettent une période de prospérité dans le Haut Maine. La construction du Manoir prend forme sur l’emplacement de l’ancienne maison-forte mise à mal par la guerre.
En 1510, Jean II Moreau et son épouse habitent le logis de la Poissonnière. Il est probable que Jean Moreau participe aux guerres d’Italie, comme une bonne partie de la noblesse du Maine.
Leur fils, François Moreau, allié à Louise de Féchal (l’une des familles les plus influentes du Maine) agrandit encore son domaine grâce aux libéralités des Rois de France Valois.
La chapelle (consacrée et dédiée à Saint-François) et sa tour furent édifiées au cours de cette première moitié du XVème, acte de foi et signe de prospérité.
En France : Guerres de religionsFrançois II Moreau, fils du précédent, chevalier, seigneur de la Poissonnière, s’engage aux côtés de la Ligue, hostile aux protestants, fidèle aux Valois.
Fin XVIème siècle, avec l’avènement d’Henri IV, roi Bourbon, l’étoile des Moreau commence à pâlir.
Malgré le mariage prestigieux de François III Moreau avec Hélène de LavaI-Montmorency en 1620, se précise le déclin de cette famille qui, drapée dans sa fierté de noblesse d’extraction médiévale, va, d’emprunts en querelles, se ruiner en procès de toutes sortes.
Né en 1715, le dernier seigneur de la Poissonnière, désargenté, meurt sans descendance en 1787. Il laisse le Manoir à sa sœur Françoise, épouse de Louis-Joseph de Cacqueray, famille de maîtres verriers de Normandie.
Les petits enfants de Madame de Cacqueray vendent en 1804 la Poissonnière et ce qui reste des terres à Monsieur de Ezillau. Par héritages successifs, le manoir reste dans cette famille jusqu’en 1895, date à laquelle le domaine est disloqué.
Ainsi, La Poissonnière est acquise avec une quinzaine d’hectares par Monsieur Lebreton, boulanger, qui la revend en 1905 à Monsieur Pasquier. Celui-ci avec son épouse le réinsèrent dans un domaine agricole.
Le Manoir bénéficie comme protection, depuis 1927, de l’Inscription à la liste Supplémentaire des Monuments Historiques, et depuis 1977, du classement comme Monument Historique.
Depuis 1994, de nouveaux propriétaires ont notamment pu réaliser les études préalables nécessaires à la restauration du Manoir.
Les travaux, bénéficiant notamment de participations financières de l’Etat, de la Région des Pays de la Loire, et du département de la Sarthe, sont placés sous la conduite de l’Architecte en Chef des Monuments Historiques, MS de Ponthaud, et du Service de 1’Architecture et du Patrimoine, dirigé par Monsieur Nicolas Gautier.